Hector est un garçon assez fabuleux. Même s'il le nie depuis le début, je suis certain qu'il vient d'une autre planète.
Il me fait penser à ces enfants fées sortis des contes de mon enfance, où les esprits de la nature échangent l'un des leurs contre un enfant humain qui sera élevé et étudié dans l'autre monde. J'imagine bien mon Hector, enfoui dans ses langes sous le bras d'une "bonne dame", un soir d'octobre, apporté discrètement à la faveur de la nuit.
Il y a quelque chose chez ce garçon qui m'a toujours échappé, et qui m'échappera probablement toujours. Sa part ténébreuse est insondable. Loin d'être méchant ou impulsif, il est tout simplement verrouillé, cadenassé, torturé.
Face à lui, je suis un peu comme la princesse qui vient d'épouser l'homme à la Barbe Bleue. En son absence, elle se demande bien ce qui se cache derrière cette petite porte, au bout du couloir. Parce qu'il y en a des choses, évidemment ! Pourquoi donc se cloîtrer si il n'y a rien à protéger?
Dans un couple, il y a toujours des moments de remises en question extrêmement pénibles. Pourquoi je l'aime? Est-ce que je l'aime encore? N'ai je pas fait une connerie en lui donnant toutes c(m)es années? Peut-être que j'aurais pu être plus heureux avec un autre? Plus beau? Plus jeune? Tout ce temps est-il perdu?
Et crac, une entrée en règle dans ce qu'il convient d'appeler "la dépression".
Alors là je me permets de vous dire deux choses :
1- Que le couple soit homo ou hétéro, rien ne change, les questions sont les mêmes. Je vois déjà quelques petits malins objecter que chez les hétéros, il y a souvent des enfants et que ça change tout. Et ta sœur ?! Si les enfants étaient le ciment du couple, un facteur de bonheur conjugal, ça se saurait. Bien sûr il existe toujours la solution pour les couples hétéros de (re)faire un enfant "réparateur" qui ne fera que rafistoler très provisoirement les affects émoussés.
2- Pour être passé par ce genre de périodes, mon expérience personnelle (qui ne vaut que pour moi) m'a fait entrevoir la vie à deux de manière très différente par rapport à ce que j'ai pu penser naguère.
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Règle N° 1
Le bonheur est une affaire personnelle.
Il y a quelques années, au cours d'une conversation, Hector avait lâché LA phrase qui tue la race de sa grand mère :
"Quoi qu'il arrive, je ne serais jamais complètement heureux avec toi."Sur le coup, je l'ai pris comme c'est venu, et, fidèle à mon habitude, je n'ai pas réagis à chaud (ça, c'est pareil, les passionnels qui envoient tout voler au premier couac, sachez que ça ne mène à rien et ça fatigue tout le monde! C'est dit.) et j'ai réfléchis à l'explication qu'il m'avait donné. Sa jalousie, ses difficultés personnelles l'empêchaient d'être pleinement heureux et serein. Son empêchement au bonheur n'avait à voir qu'avec lui et je n'étais donc pas concerné.
Cela peut paraître idiot, mais c'est une grande règle qu'il ne faut jamais perdre de vue dans un couple. Je suis avec lui, je ne vis pas pour lui ou pour le rendre heureux. Promettre à l'autre qu'on fera de lui un homme heureux est aussi vain que mensonger. Vain puisque comme je l'ai dit, chacun détient, seul, les clés de son paradis, et mensonger puisque faire ce type de serment, c'est se faire du bien à soi, se dire qu'on est capable de rendre l'autre heureux... Loin d'être désintéressé, donc !
Ainsi, dernièrement, dans un élan romantique, lorsque Hector m'a dit qu'il aimerait être sûr que je sois heureux avec lui, je lui ai ri au nez en lui répondant que ça n'était pas son problème, que si les choses ne me convenaient pas, je me sentais libre de me barrer. Et toc ! Sur ce, nous avions passé une très bonne soirée devant un film d'Akira Kurosawa.
Règle N°2
Le sentiment de liberté.
Le couple (comme la famille) est à l'être humain ce que la cage est à l'oiseau, on est protégé de beaucoup de choses...n'empêche on est enfermé !
C'est aussi le plus gros problème des gens qui ont peur de s'engager. Le couple, en effet, offre une certaine constance et un confort rassurant. Pour d'autres, il paraît impensable de ne vivre qu'avec une seule personne, de ne pas en connaître d'autres. Oui, je parle de fidélité. Dès lors, un raccourcis intellectuel assez commode fait dire à beaucoup qu'être libre, c'est être seul, sans comptes à rendre. Là encore, excusez-moi, je ricane : gné, gné, gné! (oui, je fais super mal le ricanement)
Le problème vient du fait que l'on confond trop souvent la liberté et le sentiment de liberté. Certains se sentent plus libre en étant seuls, cela ne veut pas dire qu'ils le sont !! Mon analyste, cette très très sainte femme (c'est rien, le transfert a fait son œuvre !) m'avait remis d'équerre alors que je lui faisais part de mes inquiétudes et de mon sentiment d'enfermement dans mon couple en me balançant un argument simple et plein de bon sens :
"Etre libre, ça n'est pas être seul. C'est être libre avec l'autre !"
Dans le mille Mimile !
Donc, la liberté, comme le bonheur, est une chose incroyablement personnelle. Je venais d'apprendre une chose qui allait profondément changer ma vie : l'apprentissage du choix. Faire un choix et l'assumer. L'assumer pour de vrai, c'est à dire, ne pas en vouloir aux autres de ne pas le comprendre, le cautionner, ou le suivre. Aimer l'autre, c'est accepter de ne pas toujours le comprendre.
On voit parfois des gens se séparer avec pertes et fracas et se balancer au visage toutes sortes de reproches très anciens et jamais formulés. Cette somme de non-dit s'enkyste et explose au bout d'un moment dans un psychodrame mêlant frustration, sentiment d'injustice et mauvaise foi.
Il n'y a pas si longtemps,
je décrivais une tranche de vie dans un couple lambda qui ne se supporte plus. C'est là qu'intervient la fameuse notion de choix. Quels sont les petits arrangements avec la réalité que nous avons fait ? Pourquoi se taire pendant des années et décider d'un seul coup que l'autre doit changer immédiatement ?
Ma réponse à Hector prend alors tout son sens, lorsque je lui ai dit que mon bonheur "ça n'était pas son problème, que si les choses ne me convenaient pas, je me sentais libre de me barrer."
N'est-ce pas cela finalement le vrai amour ? Ne pas prendre l'autre comme un sauveur, un messie, qui ne pourrait par conséquent que nous décevoir, mais comme un homme simple, avec ses limites, avec son incapacité à vider ses cendriers, avec son histoire qui fait de lui un être singulier. N'est-ce pas là la plus belle preuve de respect que de ne pas lui faire porter la responsabilité de MES choix.
Chaque jour, je me lève en me disant que peut-être lui et moi, c'est pour toujours... Ou peut-être pas... Mais est-ce bien important ?