En survolant la presse du jour, je tombe sur un amour de jeunesse. Cela fait bien longtemps que je n'avais pas eu de ses nouvelles. La chose fait son come back.
Le nouveau (dernier?) record de la star est d'avoir vendu, semble t-il, 1 000 000 de billets de concert en quelques heures seulement. Cet évènement m'interpelle dans ce qu'il donne à voir d'une ferveur quasi religieuse. Je ne peux m'empêcher de voir une similitude avec ces processions, honorant un quelconque Dieu qui reste définitivement sourd aux suppliques des humains.
Qu'est-ce qui peut pousser un million de spectateurs à se rendre au concert, d'ores et déjà annoncé par les organisateurs comme étant le dernier. Le personnage est terrifiant. Une icône déchue qui est allé de scandales sexuels en scandales financiers. Il avait, pendant un temps pris l'apparence d'un mythe, le fameux rêve américain qui pose une loi : Si aujourd'hui tu n'es rien, demain tu peux être tout. Richesse, pouvoir, reconnaissance : La sainte trinité revue et corrigée "made in US". La réussite sociale a cela de particulier qu'elle fascine, elle motive ceux qui en sont les témoins, puis, elle finit inexorablement par agacer. Et soudain, la star adulée ne vaut plus tripette. L'icône doit être brûlée, le "Totem doit être frappé de Tabou", aurait glissé malicieusement un Sigmund Freud en référence à son ouvrage.
Tonton Freud (1913) nous parle du mythe fondateur en nous expliquant que l'humanité selon lui, se serait construite autour d'un rite sacrificiel. La horde primitive (entendre préhumaine) vivait sous la tyrannie patriarcale. Le père gardait pour lui les femelles du clan, c'est à dire la mère et les soeurs. Un jour les frères décidèrent de mettre fin au règne "du vieux" et se liguèrent contre lui. Sa mort fût rapide. Ils furent très vite rongés par le remord et décidèrent de dévorer le père pour le faire disparaître à jamais et s'assurer qu'il ne ressusciterait pas, se débarrassant ainsi de leur crainte d'un juste châtiment de la part de leur victime pour le parricide qu'ils venaient de commettre.
Ils commirent là une grosse erreur. Loin de faire disparaître le père en le dévorant, ils l'avaient fait entrer en eux. Il était désormais passé à un statut divin, omniprésent, omniscient et tout puissant. Le corps du Père était devenu "Totem" et leur crime, le "Tabou", autrement dit, frappé d'interdit. C'était là, selon Freud, la naissance du complexe d'œdipe en tant qu'organisateur universel des communautés humaines. "Tabou" de l'inceste et du parricide.
Un médecin Anglais du 17ème siècle, Thomas Sydenham parlait du sujet hystérique et de son ambivalence dans les termes suivants :"Ils aiment sans mesure ce qu'ils haïront sans raison...". Le grand malade ne serait donc pas sur scène...mais dans le public.
Le million de fan de l'ex super-star ne serait-il pas venu assister à la mort symbolique du dieu-père himself ? Les journaux avaient commentés avec une jouissance à peine dissimulée, la sortie piteuse de M. Jackson aux Arwards de 2006, sous les sifflets du public, courroucé par sa prestation, de l'avis de tous, pathétique. Pourtant, pour les fans, néo-disciples d'une divinité de paillettes et de botox, quel moment privilégié que d'assister au dernier supplice !
Lorsque les heureux possesseurs d'un ticket d'entrée se projettent à la sacro sainte date, ils se laissent aller à cette phrase pour le moins révélatrice : "Quel plaisir d'assister à son dernier concert !". On parle donc du dernier concert comme d'autres parlent du dernier repas. Et cette ultime communion aura lieue sur scène...
A l'instar de la horde primitive du mythe Freudien, les enfants vont assister au dernier tour de piste "du vieux". Mais pour que l'histoire devienne légende, il faut que le roi/père meurt bien. Le summum serait l'arrêt cardiaque pure et simple en public. Frémirez-vous d'horreur si j'ose avancer l'hypothèse qui me taraude depuis le début de ce billet, à savoir que rien ne serait plus précieux et plus beau pour le pélerin à 50 euros (prix de la place) que la créature meurt à ce moment précis ? Pourtant, j'ose.
De même que le public de la tauromachie vient secrètement assister à la probable mort du matador (puisque c'est bien ça qui est excitant), les Jacksonolâtres viennent avec ce désir inconscient et sadique (mais très humain) de voir s'accomplir le rite sacrificiel dans les formes, et dans les normes, afin qu'il puisse remplir pleinement sa fonction : décharger tout ce beau monde de ces frustrations et de ses pulsions de mort. Pour un temps.
Le Roi doit mourir...

Le nouveau (dernier?) record de la star est d'avoir vendu, semble t-il, 1 000 000 de billets de concert en quelques heures seulement. Cet évènement m'interpelle dans ce qu'il donne à voir d'une ferveur quasi religieuse. Je ne peux m'empêcher de voir une similitude avec ces processions, honorant un quelconque Dieu qui reste définitivement sourd aux suppliques des humains.Qu'est-ce qui peut pousser un million de spectateurs à se rendre au concert, d'ores et déjà annoncé par les organisateurs comme étant le dernier. Le personnage est terrifiant. Une icône déchue qui est allé de scandales sexuels en scandales financiers. Il avait, pendant un temps pris l'apparence d'un mythe, le fameux rêve américain qui pose une loi : Si aujourd'hui tu n'es rien, demain tu peux être tout. Richesse, pouvoir, reconnaissance : La sainte trinité revue et corrigée "made in US". La réussite sociale a cela de particulier qu'elle fascine, elle motive ceux qui en sont les témoins, puis, elle finit inexorablement par agacer. Et soudain, la star adulée ne vaut plus tripette. L'icône doit être brûlée, le "Totem doit être frappé de Tabou", aurait glissé malicieusement un Sigmund Freud en référence à son ouvrage.
Tonton Freud (1913) nous parle du mythe fondateur en nous expliquant que l'humanité selon lui, se serait construite autour d'un rite sacrificiel. La horde primitive (entendre préhumaine) vivait sous la tyrannie patriarcale. Le père gardait pour lui les femelles du clan, c'est à dire la mère et les soeurs. Un jour les frères décidèrent de mettre fin au règne "du vieux" et se liguèrent contre lui. Sa mort fût rapide. Ils furent très vite rongés par le remord et décidèrent de dévorer le père pour le faire disparaître à jamais et s'assurer qu'il ne ressusciterait pas, se débarrassant ainsi de leur crainte d'un juste châtiment de la part de leur victime pour le parricide qu'ils venaient de commettre.Ils commirent là une grosse erreur. Loin de faire disparaître le père en le dévorant, ils l'avaient fait entrer en eux. Il était désormais passé à un statut divin, omniprésent, omniscient et tout puissant. Le corps du Père était devenu "Totem" et leur crime, le "Tabou", autrement dit, frappé d'interdit. C'était là, selon Freud, la naissance du complexe d'œdipe en tant qu'organisateur universel des communautés humaines. "Tabou" de l'inceste et du parricide.
Un médecin Anglais du 17ème siècle, Thomas Sydenham parlait du sujet hystérique et de son ambivalence dans les termes suivants :"Ils aiment sans mesure ce qu'ils haïront sans raison...". Le grand malade ne serait donc pas sur scène...mais dans le public.
Le million de fan de l'ex super-star ne serait-il pas venu assister à la mort symbolique du dieu-père himself ? Les journaux avaient commentés avec une jouissance à peine dissimulée, la sortie piteuse de M. Jackson aux Arwards de 2006, sous les sifflets du public, courroucé par sa prestation, de l'avis de tous, pathétique. Pourtant, pour les fans, néo-disciples d'une divinité de paillettes et de botox, quel moment privilégié que d'assister au dernier supplice !
Lorsque les heureux possesseurs d'un ticket d'entrée se projettent à la sacro sainte date, ils se laissent aller à cette phrase pour le moins révélatrice : "Quel plaisir d'assister à son dernier concert !". On parle donc du dernier concert comme d'autres parlent du dernier repas. Et cette ultime communion aura lieue sur scène...
A l'instar de la horde primitive du mythe Freudien, les enfants vont assister au dernier tour de piste "du vieux". Mais pour que l'histoire devienne légende, il faut que le roi/père meurt bien. Le summum serait l'arrêt cardiaque pure et simple en public. Frémirez-vous d'horreur si j'ose avancer l'hypothèse qui me taraude depuis le début de ce billet, à savoir que rien ne serait plus précieux et plus beau pour le pélerin à 50 euros (prix de la place) que la créature meurt à ce moment précis ? Pourtant, j'ose.
De même que le public de la tauromachie vient secrètement assister à la probable mort du matador (puisque c'est bien ça qui est excitant), les Jacksonolâtres viennent avec ce désir inconscient et sadique (mais très humain) de voir s'accomplir le rite sacrificiel dans les formes, et dans les normes, afin qu'il puisse remplir pleinement sa fonction : décharger tout ce beau monde de ces frustrations et de ses pulsions de mort. Pour un temps.
Le Roi doit mourir...

La Cène by David Lachapelle
6 commentaires:
rites satanique?
désir de mort...
vous avez prévu le cercueil?
Quel est l'auteur de la Cène, là, en bas de ton billet ? Et sinon, sans vouloir contrarier Votre Honneur, je ne suis pas si certain des motivations qui ont poussé les fiers acquéreurs du billet-sésame : qu'en serait-il sinon pour les nombreux fans de Tina (que tu as d'ailleurs évoquée récemment) ?
Iraient-ils de déception en déception, avec ses adieux à la scène à répétition ?
Amicalement.
Al.
6L20 : L'homme a inventé le diable pour se dédouaner de ses propres pulsions, une sorte de mécanisme projectif, j'imagine.
Al West : Alors d'abord, tu as pu remarquer (car je sais que tu as l'œil vif)que j'ai tenu compte de ta question/remarque en ajoutant sous la Photo le nom de l'artiste, ainsi qu'un lien vers son site.
Concernant notre mamie internationale du rock, il me semble qu'il y a une différence majeure : Tina Turner n'a jamais cessé d'être Anna Mae Bullock. Jackson, lui, ressemble plus à un pantin aux traits figés, que l'on sort de sa boîte (de son caisson à oxygène, oserais-je dire)de temps en temps pour amuser le public. Il ne semble plus s'appartenir, comme un tableau dont le poète pourrait dire qu'il appartient à celui qui le regarde. Là ou les autres (tu citais mémé Turner) sont des artistes, Bambi se transforme en objet d'art et par là même, devient une relique vivante.
Je suis pas sûr d'être clair...
Enfin, moi, c'que j'en dis, c'est pour parler...
Ah oui, non, je n'avais pas vu (je dois avoir l'œil chassieux, ou bien c'est la poutre qui m'en avait empêché) que tu avais mis le nom, mais te remercie. J'irai d'ailleurs faire un tour sur le lien (mais pendant la pause dèje).
Bambi objet d'art... Hum ! Cela me laisse pensif ; enfin, quand on voit ce qu'est capable de produire l'artiste contemporain, on ne s'étonne plus de rien ma pauv'Lucette !
Voilà, c'est la mot que je cherchais! Il se conçoit comme un Picasso !;)
Mais y-aura-t-il une chorale de jeunes enfants pour l'accompagner?
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