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vendredi 17 juillet 2009

Le savant fou, le sac à puce et les mauvaises manies.

Où Polyphème explique pourquoi les réflexes Pavloviens, c'est pas si mal...

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On parle beaucoup d'Anti-Sarkozysme pavlovien, il me semble donc nécessaire de réfléchir au "pourquoi" du choix de cette expression.


Le brave monsieur Pavlov, au début du XXème siècle, était un précurseur. Étudiant le conditionnement, il avait réussi, dès la fin du XIX ème siècle, à faire associer à son clébard un stimulus neutre, le son d'une cloche, à un stimulus positif, une boulette de nourriture. Le chien, qui comme chacun sait, est le meilleur ami de l'homme, se mettait donc à saliver automatiquement alors que la cloche retentissait et ce, même en l'absence de nourriture.

Je ne vous apprends rien.

Cette expérience démontrait que l'apprentissage par renforcement positif était une réalité chez les mammifères inférieurs. (Oui, l'être humain, il est comme ça, il accepte pour "meilleur ami" celui qui accepte en retour d'être "inférieur" [renseignez-vous sur la France/Afrique, vous verrez que c'est une réalité !]).

Monsieur Pavlov n'était pas la moitié d'un con, il a vite compris que le mécanisme inverse devait exister. Ainsi, si on peut automatiser un comportement (la salivation) par le biais d'une récompense (renforcement positif), on doit pouvoir obtenir également un comportement de fuite ou d'agression en se servant d'un stimulus aversif (punition).




L'équipe du professeur LeDoux, plus récemment, s'est inspiré de cette méthode pour étudier les voies neuronales qui acheminent les informations du thalamus vers le néocortex et vers l'amygdale. Il a donc utilisé une cage éléctrifiée pour associer le son de cloche à une décharge éléctrique. Après quelques répétitions, le rat a systématiquement montré des signes d'anxiété (hausse de la pression artérielle et temps d'immobilisation) aussitôt qui percevait le bruit de cloche alors qu'il n'y avait plus de choc électrique administré.
Les influx nerveux étant enregistrés, on a pu très rapidement dresser une cartographie des ensembles de neurones qui conduisent l'information dans les différentes structures cérébrales.

Il est devenu courant de parler de "Chiens de Pavlov" pour railler les personnes qui se réfugient dans des comportements automatiques au lieu de faire preuve de raison et d'esprit critique. On rit, nous autres, êtres de sagesse, des idiots enfermés dans leurs certitudes irrationnelles.

En réalité, cette expression devrait nous inciter à réfléchir plutôt qu'à nous marrer comme des pendus. Si il est entendu que le conditionnement résulte d'une assimilation de l'expérience passée, il apparaît que le réflexe Pavlovien n'a rien d'infondé, mais est bel et bien un comportement de préservation lié à la survenue d'un événement potentiellement dangereux.

Donc, soit l'utilisation de cette expression reflète l'ignorance de ceux qui l'utilisent, soit elle est un fantastique aveu de la réelle dangerosité de l'élément qu'on essaie de minimiser.

Je me demande si un chien peut rire ?...

Au fait, pour ceux qui se demandent ce qu'à pu devenir le "meilleur ami" de Pavlov, il est empaillé et exposé au musée à la gloire de son maître et ami, quelque part à Ryazan.


vendredi 26 juin 2009

Le 15 mars 2009, j'ai publié un billet intitulé "Le roi va mourir, vive le roi !"

Il était question de la mort de Michael Jackson, mort publique, probablement souhaitée par ses fans.

Je développais l'hypothèse d'une ferveur quasi religieuse qui poussait les admirateurs du chanteur à se rendre à "la dernière scène".

Hier, j'apprends qu'il est mort d'un arrêt cardiaque. De surcroît il circule un peu partout la dernière photo de "Bambi" dont on a voulu immortaliser le dernier supplice. Les Chrétiens étaient venu assister à la mort de Jésus, les paparazzi ont eu la délicatesse de photographier la star en train de mourir. Ne pensez surtout pas que c'est l'œuvre d'une presse de caniveau. Non,non ! BFM TV et Itélé ont diffusé également la photo choc.

C'est la classe.

Le hazard fait bizarrement les choses. Hier, donc, avec le décès du "King" un petit morceau de mon adolescence partait.
Ce matin, j'asistais au funérailles d'une dame, amie de mes parents, qui avait fait partie de ma vie d'enfant. Son fils a deux ans de moins que moi et nous étions grands copains le temps des vacances que nous passions tour à tour, l'un chez l'autre.
Cette dame, soixante ans à peine, en partant ce matin, m'a fait réaliser que mes parents n'étaient plus très jeunes non plus et qu'une tuile est vite arrivée. Ce matin, j'ai réalisé aussi que j'ai déjà trente ans, et qu'un jour, c'est moi qui suivra le cercueuil de mes ainés. Ce matin, j'ai réalisé qu'un jour, c'est moi qui sera dans le cercueuil et qu'il n'y aura personne pour le suivre...

Ce matin j'avais de bonnes raisons de pleurer.

dimanche 15 mars 2009

Le Roi va mourir, vive le Roi.

En survolant la presse du jour, je tombe sur un amour de jeunesse. Cela fait bien longtemps que je n'avais pas eu de ses nouvelles. La chose fait son come back.


Le nouveau (dernier?) record de la star est d'avoir vendu, semble t-il, 1 000 000 de billets de concert en quelques heures seulement. Cet évènement m'interpelle dans ce qu'il donne à voir d'une ferveur quasi religieuse. Je ne peux m'empêcher de voir une similitude avec ces processions, honorant un quelconque Dieu qui reste définitivement sourd aux suppliques des humains.


Qu'est-ce qui peut pousser un million de spectateurs à se rendre au concert, d'ores et déjà annoncé par les organisateurs comme étant le dernier. Le personnage est terrifiant. Une icône déchue qui est allé de scandales sexuels en scandales financiers. Il avait, pendant un temps pris l'apparence d'un mythe, le fameux rêve américain qui pose une loi : Si aujourd'hui tu n'es rien, demain tu peux être tout. Richesse, pouvoir, reconnaissance : La sainte trinité revue et corrigée "made in US". La réussite sociale a cela de particulier qu'elle fascine, elle motive ceux qui en sont les témoins, puis, elle finit inexorablement par agacer. Et soudain, la star adulée ne vaut plus tripette. L'icône doit être brûlée, le "Totem doit être frappé de Tabou", aurait glissé malicieusement un Sigmund Freud en référence à son ouvrage.



Tonton Freud (1913) nous parle du mythe fondateur en nous expliquant que l'humanité selon lui, se serait construite autour d'un rite sacrificiel. La horde primitive (entendre préhumaine) vivait sous la tyrannie patriarcale. Le père gardait pour lui les femelles du clan, c'est à dire la mère et les soeurs. Un jour les frères décidèrent de mettre fin au règne "du vieux" et se liguèrent contre lui. Sa mort fût rapide. Ils furent très vite rongés par le remord et décidèrent de dévorer le père pour le faire disparaître à jamais et s'assurer qu'il ne ressusciterait pas, se débarrassant ainsi de leur crainte d'un juste châtiment de la part de leur victime pour le parricide qu'ils venaient de commettre.


Ils commirent là une grosse erreur. Loin de faire disparaître le père en le dévorant, ils l'avaient fait entrer en eux. Il était désormais passé à un statut divin, omniprésent, omniscient et tout puissant. Le corps du Père était devenu "Totem" et leur crime, le "Tabou", autrement dit, frappé d'interdit. C'était là, selon Freud, la naissance du complexe d'œdipe en tant qu'organisateur universel des communautés humaines. "Tabou" de l'inceste et du parricide.


Un médecin Anglais du 17ème siècle, Thomas Sydenham parlait du sujet hystérique et de son ambivalence dans les termes suivants :"Ils aiment sans mesure ce qu'ils haïront sans raison...". Le grand malade ne serait donc pas sur scène...mais dans le public.


Le million de fan de l'ex super-star ne serait-il pas venu assister à la mort symbolique du dieu-père himself ? Les journaux avaient commentés avec une jouissance à peine dissimulée, la sortie piteuse de M. Jackson aux Arwards de 2006, sous les sifflets du public, courroucé par sa prestation, de l'avis de tous, pathétique. Pourtant, pour les fans, néo-disciples d'une divinité de paillettes et de botox, quel moment privilégié que d'assister au dernier supplice !


Lorsque les heureux possesseurs d'un ticket d'entrée se projettent à la sacro sainte date, ils se laissent aller à cette phrase pour le moins révélatrice : "Quel plaisir d'assister à son dernier concert !". On parle donc du dernier concert comme d'autres parlent du dernier repas. Et cette ultime communion aura lieue sur scène...


A l'instar de la horde primitive du mythe Freudien, les enfants vont assister au dernier tour de piste "du vieux". Mais pour que l'histoire devienne légende, il faut que le roi/père meurt bien. Le summum serait l'arrêt cardiaque pure et simple en public. Frémirez-vous d'horreur si j'ose avancer l'hypothèse qui me taraude depuis le début de ce billet, à savoir que rien ne serait plus précieux et plus beau pour le pélerin à 50 euros (prix de la place) que la créature meurt à ce moment précis ? Pourtant, j'ose.
De même que le public de la tauromachie vient secrètement assister à la probable mort du matador (puisque c'est bien ça qui est excitant), les Jacksonolâtres viennent avec ce désir inconscient et sadique (mais très humain) de voir s'accomplir le rite sacrificiel dans les formes, et dans les normes, afin qu'il puisse remplir pleinement sa fonction : décharger tout ce beau monde de ces frustrations et de ses pulsions de mort. Pour un temps.

Le Roi doit mourir...








La Cène by David Lachapelle