jeudi 22 janvier 2009

L'invitée du jour : Ma cousine Circé





Une légende familiale se bâtie facilement. Il suffit d'un évènement non ordinaire qui se produit dans la vie d'un membre de la susdite famille. Pour que la sauce prenne, il est préférable que l'individu soit un peu particulier, qu'il fasse tourner les tables, qu'il sache faire bouger ses oreilles sans ses mains ou qu'il soit de gauche (ben si, ça va bientôt devenir plus rare que les rebouteux).

Prenons l'exemple de ma grande cousine Circé.

Cette brave dame née vers 1914 et décédée il y a quatre ans, a eu une vie paysanne extrêmement simple. Elle, son mari et ses enfants ont tenu une ferme pendant de nombreuses années et y ont vécus heureux. Tout cela pourrait ressembler à un épisode de Cathy la petite fermière si notre bonne Circé ne cachait un sombre secret connu seulement de sa famille et de ses amis les plus proches...

Dans le Berry profond où l'on trouve une maison tous les 2 km, il existe une tradition populaire qui veut que certaines femmes sont dotées de pouvoirs particuliers qui leur permettent de guérir autrui (aussi facilement que de les faire crever!!) en pratiquant des prières ou des pansements. Ces femmes, que l'on nomme les panseuses sont craintes et respectées.

Devinez à quoi ma bonne Circé occupait son temps libre ?... Ben oui, les aiguilles dans les poupées, ça date pas d'aujourd'hui !! Donc Circé était une gentille sorcière qui a toujours soigné ses proches avec des remèdes de grand mère. Sa fille, Antigone, (la soixantaine aujourd'hui) se souvient qu'elle n'avait jamais vu un médecin avant ses 20 ans, âge auquel elle a quitté la maison familiale.


Circé, s'était un peu les trois sœurs Halliwell à elle toute seule. Voilà pour le personnage atypique, passons à l'évènement...





Ayant bien vécue jusqu'à un âge avancé, Circé passait ses journées entre son jardinet rempli de fleurs magnifiques, les visites quotidiennes de son fils qui vivait à deux pas de là et les parties de cartes avec ses copains d'enfance qui, eux aussi, vécurent très très vieux. Certaines mauvaises langues murmuraient que la grande cousine ne les maintenait en forme que par peur de l'ennui qu'aurait provoqué leur disparition... Là, j'avoue ne pas savoir...

Un matin, alors que je vaquais à mes occupations :

Drinnnnng !

Moi : (avec ma voix de stewart) Allo ?
Ma soeur : Coucou Polyphème, désolé de te déranger mais il nous arrive une tuile. Je viens d'avoir Antigone au téléphone, elle est dans tous ses états, sa maman, Circé viens de mourir.

S'en suit une conversation teintée de chagrin et d'émotion (moi, je la voyais peu mais je l'aimais bien ma cousine Circé!!), où ma frangine me raconte comment son fils à découvert sa mère au petit matin paisiblement étendue sur son sofa et l'appel au médecin qui a rédigé le certificat de décès. Nous convenons de nous rappeler très vite et nous raccrochons.

La mort : 1
Circé : 0

Une heure après :

Drinnnng!

Moi : (Avec ma voix d'Annie Girardot) Oui ?
Re ma soeur : Polyphème, Euh...comment dire...il se passe de drôles de trucs...
Moi : Quoi, la mort de Circé ?!
Elle : Ben justement, elle est revenue !
Moi : ?!... (J'avoue avoir pensé un instant que ma soeur était un peu cinglée)

S'en suit une autre conversation où ma soeur m'explique comment, alors que le médecin était en train de parler avec le fils de Circé, Antigone a téléphoné pour pouvoir parler au médecin et l'a conjuré de lui faire quelques massages de premiers secours malgré la mort évidente; comment Circé est revenue du pays des ombres. Une pensée pour Pascal Sevran.

La mort : 1

Circé : 1

Balle au centre.


A la suite de cet évènement, Circé fut transportée à l'hôpital le plus proche d'où elle a réglée ses affaires avec le notaire, elle a dit au revoir aux gens qui se sont déplacés pour la saluer, puis s'est ré-éteinte avec une séreinité qui frôle l'insolence au bout de trois jours, cette fois, pour de bon.

La mort : 2
Circé : 1

La mort avait gagné...du moins, en apparence...

Si vous trouvez que cette histoire est bien étrange, vous n'êtes pas au bout de vos surprises.
Lorsqu'il a fallu ranger les affaires de Circé et remettre un peu d'ordre dans la petite maison, Antigone s'est réinstallée quelques jours dans la fermette.
Pas d'histoire de revenants, de goules ou de vampires, mais tout de même un détail extrêmement troublant...

Lorsqu'elle a vidé la table de nuit de sa mère, Antigone a trouvé son livre de neuvaines. Pour les non-initiés, les neuvaines sont des prières aux saints qui s'effectuent sur 9 jours (d'où le nom), le 9 étant un chiffre réputé sacré.
A l'intérieur de ce livre, une prière rédigée par circé elle-même, demandant à avoir un signe trois jours avant sa mort afin de pouvoir se préparer pour le voyage...



Voilà l'histoire telle que je l'ai vécu et telle que je la connaîs.

Ma cousine Circé, elle a baisé la mort !!


8 commentaires:

Anonyme a dit…

La mort est un sacré cochon, c'est bien connu... Je comprends mieux maintenant...

Vincent a dit…

Très jolie histoire, c'est cool d'avoir quelqu'un d'aussi peu commun dans sa famille !

matorif a dit…

Roooohhh !!! j'adore cette histoire !! des revenants, du suspense, des larmes, des mystères !! On évoque déjà une adaptation sur le service public (TF1 voulait absolument du cul en plus).
ça me fait penser à une autre histoire familiale qui fera un très beau billet !

jeandelaxr a dit…

Une bien belle histoire !

Anonyme a dit…

Très jolie histoire qui pourrait être authentique, la mort fait partie de ces mystères insondables que les anciens savaient très bien dompter. Si Matoo n'existait pas, il faudrait l'inventer ! Quel découvreur ...

Polyphème a dit…

@ Leto : Ben oui, la grande cousine n'a rien fait avec les Allemands mais elle s'est vengée sur la mort !

@ Vinsh : Faut absolument que je vous cause de mon grand tonton Dédale, c'est également un personnage hors norme.

@ Matorif : Pour le cul, c'est pas le genre de la maison...quoi que dans la famille... Non, je peux quand même pas raconter ça !...


@ Jeandelaxr : Je trouve ça mignon comme tout pour Antigone de savoir que sa mère est partie en toute tranquillité.

@ Marie : Ouais, Matoo (notre Obama à nous)il assure quand il parle de moi (dis-je en toute modestie.)

Anonyme a dit…

Elle était vraiment forte ! Et toi tu as des dons aussi ?

Polyphème a dit…

@ fauvette : Oui, celui d'être prodigieusement ennuyeux !! ;)