dimanche 3 janvier 2010

Mère-grand a toujours le dernier mot.

Avant-propos : Bonne année à tous, bla, bla, bla, mon cul sur la commode, prospérité... C'est fait.

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Avant-propos (bis) : Ben dis donc, avec tout ça, je n'ai même pas fêté les deux ans du "journal de Polyphème" en novembre, bla, bla, insignifiant, bla, bla, nombril, nombril, rien à fout', bla, bla, ch'uis l'plus fort, bla, bla même pas mal...

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Je ne vous ai pas dit qu'il y a deux mois et demi, Mère grand Polyphème, celle là même qui avait vu le loup, avait été placée en maison de retraite. Ses crises d'angoisse à répétition étaient devenues ingérables pour ses enfants. Mère-grand n'a jamais accepté ce placement qu'elle a vécu comme une traîtrise et un abandon.


Les fêtes de fin d'années m'ont imposé de descendre à Avignon, une vieille intuition-qui-pue m'a commandé d'aller l'embrasser avant de partir, histoire de causer un peu et de veiller à ce que tout aille bien pour elle. Lorsque je suis arrivé, j'ai trouvé Mère-grand, seule, très malade, seule, affaiblie, seule, et très déprimée. Vous ai-je dit qu'elle était seule ? J'ai passé deux heures avec elle et nous avons bavardé. Assis sur le coin de son lit, je lui tenais la main et petit à petit, une chose simple, limpide s'imposait à mon esprit : Nous étions en train de nous dire adieux. Ses forces l'abandonnait. Nous avons parlé de tout, de rien, du temps que nous avons passé ensemble, de la famille, mais tout a été dit au présent ou au passé. Le futur, n'existait plus pour elle. Elle le savait, je le savais...nous étions seuls.

Ce jour-là, j'ai pleuré sa mort.


Il ne lui aura fallu que deux petits mois de maison de retraite pour s'étioler, se faner et, il faut bien le dire, se laisser mourir dans une chambre minuscule et sordide, dont la seule chose accueillante était le lit sur lequel elle s'abandonnait au sommeil, dernier rempart contre l'ennui.


Hier, de retour de vacances, j'ai trouvé sur mon répondeur un message de mon père me disant que mère-grand avait été hospitalisée. Elle est encore aujourd'hui dans un état végétatif et ne répond plus. Qu'importe. La nouvelle m'a à peine angoissé tellement c'était évident. Je me suis rendu à son chevet pour prendre sa main une dernière fois. Non pas pour elle qui s'en tamponne, mais surtout pour mon père qui ne dit rien mais qui est certainement bouffé par la culpabilité, à tort ou à raison, la question n'a plus d'importance pour moi. A lui de gérer ça.


Ma grand mère, j'ai eu la chance de la côtoyer assidument ces dernières années et je crois pouvoir dire que j'ai eu une relation privilégiée avec elle. Une forme de complicité et d'honnêteté nous a permis de regarder "les feux de l'amour ensemble" en se moquant des comédiennes maquillées comme ces filles de fêtes foraines qui rient trop fort. Cette culture télévisuelle est d'ailleurs un atout, fan de "Derrick" et "Des chiffres et des lettres", le coma lui est familier.


Samedi prochain, j'avais prévu de fêter pour la première fois mon anniversaire (ça promet d'être drôle car je ne connais pas la procédure qui permet de mener à bien ces évènements festifs). Peut-être, certainement, que d'ici là, elle aura franchi la dernière marche qui la séparait de l'autre monde. Mais je décide de maintenir cet anniversaire, dussé-je souffler mes bougies au travers de ma mantille.

Cette femme a énormément d'importance pour moi. A l'époque bénie où j'allais dégueuler mes névroses sur la satinette d'un improbable divan, c'est vers elle que je me suis tourné pour essayer de comprendre comment fonctionne cette famille. C'est en partie grâce à cette relation que j'ai pu avancer, que j'ai pu sortir du trou au moment où elle s'apprêtait déjà à y entrer. Ce que j'ai reconstruit aujourd'hui, l'homme que je suis devenu, s'est édifié sur cet amour et cette confiance inconditionnelle que nous avons partagé. Célébrer mon anniversaire, continuer à rire à la face de cette connasse de faucheuse qui ne me loupera pas non plus, me presser d'aimer mes chers-pas-encore-disparus, est un devoir envers elle. Mon anniversaire sera aussi un peut son héritage et sa victoire.


Mon premier anniversaire, sera assurément le plus beau.

2 commentaires:

saperli a dit…

elle n'est pas si vieille, je trouve, dommage que l'on n'ait pas réussi à soigner son angoisse. Je pense bien à toi.

Al West a dit…

me presser d'aimer mes chers-pas-encore-disparus

Oui, voilà exactement ce qu'il faut en retenir ; tu le fais et le dis si bien ! Merci de le rappeler, pour elle, et pour chacun d'entre nous. Et bonne année.

Amicalement.

Al.