
Un homme marche dans la rue. Il n'a pas d'âge et pas de couleur. Il pourrait être n'importe lequel d'entre nous. IL EST nous tous. Qu'est-ce qui le définit ? Qu'est-ce qui fait qu'il est lui. Cet homme de la rue a une vie propre et un passé. Mais il est avant tout la somme de ses convictions, de ses croyances. Il est défini avant tout par la manière dont il perçoit le monde.
Nous avons besoin, nous, pauvres petites choses, petits humains suspendus sur un caillou, au milieu de nulle part, nous avons besoin de rationaliser les choses. On se rassure en pensant que nous avons une maîtrise sur nos existences. On se rassure sur le fait que nous sommes des gens "bien comme il faut". Nous sommes persuadés que nous agissons en fonction de nos aspirations et de nos idéaux et que c'est cela qui fait de nous ce que nous sommes. C'est cela qui distingue le bon chrétien du mécréant, le philosophe de l'idiot, le dominant du dominé, le riche du pauvre, le nationaliste du sans-papier...
C'est confortable.
Pourtant, depuis plus de 50 ans, les études de psychologie sociale n'ont eu de cesse de nous démontrer le contraire. Je commence par poser les actes pour ensuite leur donner une explication la plus plausible (la moins dérangeante) possible. Je ne milite pas pour des idées que je veux voir adoptées, j'ai fini par adopter les idées pour lesquelles j'ai commencé par militer pour des raisons complètement annexes. Nos opinions ne guident pas nos actes, ce sont nos actes qui vont nous déterminer à opter pour telle opinion ou telle autre. Le meilleur exemple est celui de l'ancien fumeur devenu un intégriste anti-tabac (nous en connaissons tous...si, si, cherchez bien!).
L'homme est une machine à taire ses contradictions.
Dans une expérience, devenue un véritable cas d'école, on demandait à des types de s'acquitter d'une tâche horriblement ennuyeuse : on les collait devant un panneau de bois dans lequel étaient plantées des dizaine de visses. Ils avaient pour consigne de visser chacune d'elle à raison d'un quart de tour et ce, à tour de rôle...de quoi péter un plomb!!
On laissait mijoter pendant trois quart d'heure puis on allait les trouver pour les libérer de cet enfer. On leur demandait ensuite de rendre service (prétextant l'absence d'un des collaborateurs de l'expérimentateur) en introduisant le prochain candidat et en lui présentant l'activité comme étant passionnante.
Certains étaient payés pour participer. ils ont joué le jeux sans faire de zèle et, à un entretien ultérieur, ont dit clairement que la tâche en question était d'un ennui abyssal mais qu'ils l'avaient fait pour l'argent.
D'autres, en revanche, n'étaient pas payés et ont donc tout fait gratuitement. Au même entretien, ils ont affirmé sans une hésitation qu'ils avaient vraiment pris du plaisir à participer en le justifiant de toutes sortes de manière. L'explication donnée par les chercheurs est tout simplement que l'individu ne pouvant distinctement désigner un profit à son action va expliquer cette dernière par la meilleur raison qui soit..."Je l'ai fait parce que j'en avais envie".
Dans cette perspective, je suis une marionnette accrochée aux ficelles du hasard. Un imprévu, un événement soudain va m'amener à poser un acte en fonction duquel je vais me créer un "moi social" qui soit cohérent avec l'acte que je viens de poser.
Que l'homme riche perde toute sa fortune par une mauvaise opération boursière, il deviendra le pire ennemi d'un système qui a fait, jadis, sa puissance.
Le pauvre trouvant un sou, le faisant fructifier et devenant Crésus, louera la débrouillardise et fustigera la paresse et le manque de volonté des "gens du caniveau", oubliant que lui-même, lorsqu'il était miséreux, n'était ni pire ni meilleur...
Dis-moi ce que tu fais, je te dirais ce que tu es.
Et vous, qui êtes-vous ?
6 commentaires:
Je suis parce que je pense.........
Oui, en gros, c'est ça !!
je pense, donc je suis, et si je suis, alors j'essuie la vaisselle...
@the6L20: C'est l'interprétation utile...;))
Pour the 6120 : induction ou déduction ?
@Dom, c'est 6L20!
induction dans certains cas, déduction dans d'autres situations
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