Après les faits, voilà ce que je lui ai écrit :
"Mon cher ******,
Tu as dû remarquer que j'ai été étrangement silencieux ces derniers jours. J'ai d'autant plus honte que tu as fait preuve d'une grande assiduité dans l'envoi de messages. (Shame on me !!)
As tu déjà connu de ces moments bizarres dans la vie où l'on se coupe de tout et où l'on vit en suspens, dans une bulle "autistique"? Revenu de vacances, aucune envie de me tenir informé des nouvelles du monde, (moi qui regarde la page actualités de google au minimum 2 fois par jour !) pas envie de bloguer, rien à dire dans une correspondance... Bref, coupé du monde !
Hier soir, Hector et moi partions pour un resto et marchions d'un pas serein lorsqu'on se fait arrêter par un jeune homme seul dans une rue déserte : Il demande à nous parler, il dit qu'il va très mal, ce qui de toute évidence est vrai. Il est blafard. Il nous raconte que son père vient de se suicider et que sa mère l'a fichu à la porte et qu'il s'est fait agressé dans la rue par des types qui lui on donné un coup de couteau. Joignant le geste à la parole, il me montre sa main entaillée.
Ce grand môme de 17 ou 18 ans, pas plus, nous dit "Aidez-moi, je ne sais pas où dormir ! Je n'ai obtenu une place dans un foyer qu'à partir de vendredi..." .
Il porte alors les mains à son visage sur lequel se peint une expression d'angoisse mêlé de souffrance. Hector échange quelques mots avec lui pour lui conseiller des adresses susceptibles de l'accueillir.
"Ce foyer là, je préfère pas" répond t-il, "On m'y a proposé de l'héroïne, et j'essaie d'arrêter !"
Cette rencontre m'a fichue le cœur au bord des yeux et pendant que nous marchions après que le jeune nous ai remercié, je me disais "Ignore le monde tant que tu veux, il saura se rappeler à toi !".
Voilà des propos bien peu engageants et je suis navré de revenir avec de telles horreurs à te balancer. Cela ferait un bon sujet de billet si je ne savais que la détresse et la peur que j'ai lu dans son regard ne pourront jamais être retranscrites de manière juste.
Ce matin en me levant, j'avais mal à mon humanité...
Alors, mon cher ******, parle moi comme tu sais le faire, fais moi marrer en me racontant tes vierges, tes descentes au bistrot du coin et tes soirées animées... Parle moi de vie.
Amicalement,
Polyphème"
5 commentaires:
Olala, ça fait longtemps que je n'ai pas lu ton blog, et je suis déjà drolement touché par cet article. D'autant plus que j'ai le même age que le garçon qui vous a interpellé.C'est une question que finalement peu de gens se pose et qui pourtant peu être posé bien souvent : "Que serions-nous prêt à faire face à la misère du monde?" (c'est mon sujet de disserte de philo, bouahah, comme de par hasard) Ouais, et b moi, je cherche encore la réponse.
Je crois qu'on se pose tous la même question. Pour ma part, j'ai très mal dormi.
A y bien regarder, dans les grandes villes, la misère est partout, et nombres d'individus feignent de l'ignorer, quand ils ne l'ignorent pas complètement ! Peut-être pouviez vous faire plus, mais vous avez déjà fait plus que bien d'autres !
je ne sais pas comment j'aurais réagi ou si j'aurais su trouver les mots pour l'aider. Ces quelques mots échangés l'ont peut-être beaucoup plus aidé que tu ne penses. Une oreille attentive est parfois d'une grande aide...
J'ai envie de réagir à ton histoire qui est très touchante et qui nous rappelle qui si nous, on a une vie plutôt facile avec de la famille qui nous entoure, certains n'ont pas cette chance. Et on a parfois un peu tendance à l'oublier, la faute à une mentalité profondément individualiste et égoiste qui s'installe dans la société aujourd'hui.
Et comme tu le dis, rien que d'avoir une oreille pour les écouter doit réchauffer le coeur de ces gens qui sont (trop) seuls...
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