Dernièrement, lors d'une conférence à laquelle j'ai assisté, deux jeunes femmes, au rang derrière moi, parlaient sans discrétion de leur intimité. J'ai rapidement compris que l'une sortait avec le frère de l'autre. Ce détail ne l'a pas empêché de le descendre de la manière la plus abominable qui soit:
L'une: "En ce moment, ton frère, je l'ai en horreur!"
L'autre: "Carrément?!"
L'une: "Je ne le supporte plus, il se la pète. Et puis dans l'intimité, je ne peux même plus l'approcher -pas ce soir, je suis fatigué!- (singe t-elle avec une voix de fillette). J'te jure, il y a des moment où c'est une vraie gonzesse!" Lâche t-elle avec, dans le ton de la voix, le dégoût d'un légionnaire parlant de la folle du régiment après l'avoir coincée sous la douche.
Lorsque le bellâtre d'à peine 25 ans est venu les rejoindre après quelques minutes, tout le monde dans la rangée savait qu'il bandait mou, qu'il puait des pieds et qu'il laissait traîner ses rognures d'ongles sur le bord du lavabo de la salle de bain. Alors évidemment, quand le petit coq de très basse-cour s'est lancé dans un monologue politico-médiatico-financier, la pauvre fille mal-aimée a poussé un soupir, comme pour dire: "avant de vouloir refaire le monde, apprend à mettre tes chaussettes sales dans le panier à linge". Bref, les trois quart de la salle étaient pliés en quatre. Bonjour la crédibilité du futur énarque...
J'imagine ce que va donner ce charmant petit couple arrivé à la quarantaine. Ils seront ces gens que nous avons tous dans notre entourage, ceux qu'on invite quand on ne peut plus faire autrement, avec le nœud à l'estomac à l'idée qu'ils vont passer la soirée à s'engueuler en public. On le sait, on le craint, mais on n'y échappe pas forcément à tous les coups.
En général, le schéma est le suivant:
Monsieur et madame arrivent en retard et s'en excusent en laissant échapper un petit rire nerveux.
Le monsieur, (appelons-le Gérard) demande après le maître des lieux, on lui indique qu'il finit de ranger ses outils dans le garage et qu'il peut aller le rejoindre. Les dames restent ensemble et la retardataire demande poliment à son amie si elle peut l'aider à la cuisine. L'autre lui répondra en souriant que c'est inutile, que tout est prêt et qu'elle n'ont qu'a passer au salon pour boire un verre en attendant leur mari respectifs.
A peine assises, Martine, la femme de Gérard, explique à son hôtesse, Sophie, qu'elle est claquée et que son mari l'énerve, qu'il n'écoute rien de ce qu'elle lui dit, et qu'il semble s'en foutre et que si ils sont si en retard c'est parce qu'ils se sont engueulés avant de venir. Sophie, après avoir complimenté Martine sur sa permanente Tatcherienne va doucement pencher la tête dans une attitude d'écoute complaisante. Alors Martine égrène la longue litanie des défauts, des insuffisances et des incapacités de son cher et tendre qu'elle a en horreur...
Les deux hommes reviendront et un blanc pesant se fera entendre. Lui, gêné, viendra s'assoir à côté de sa gironde et lui passera maladroitement la main sur l'épaule, comme pour sauver les apparences devant ces amis qui sont agaçants d'harmonie. Il voudra dire quelque chose, histoire de briser ce silence lourd de malaise, et ânonnera un pathétique "ça va?".
Sophie, prévoyante se lève en disant qu'elle va chercher les petits fours comme pour justifier sa fuite dont le véritable but est de couper court à la riposte de Martine qui, pourtant sera impitoyable:
"Pourquoi tu me demandes ça? C'est toi qui est agressif depuis hier!".
Le reste de la soirée sera tantôt léger, tantôt tendu. Le pire étant les reproches assénés avec un sourire crispé. Lorsque Gérard abordera la question de son salaire qui est trop faible pour subvenir aux besoins de sa famille, Martine lui dira avec un sourire narquois que c'est pourtant lui qui a insisté pour qu'elle arrête de travailler pour s'occuper des enfants. Remarque à laquelle il s'esclaffera en argumentant que pour ce qu'elle foutait en travaillant à la poste, elle est était bien mieux à glander dans le canapé.
°°°°°° RE-BLANC °°°°°°
Il racontera alors à leurs hôtes, pour passer à autre chose, sa mésaventure, sur le parking du Shopi où il s'est fait aligné, en insistant sur la grossièreté des pervenches qu'il a signalé dans un courrier de protestation à la préfecture de police.
Martine manquera de s'étrangler avec ses cacahuètes qu'elle engouffre goulûment, comme pour occuper sa bouche qui ne déverse que des remarques désobligeantes. Elle rira en disant: "Vu les fautes que tu fais, ils ont dû bien se marrer les flics!!".
°°°°°° RE-RE-BLANC °°°°°°
C'est la pathétique, la douloureuse histoire de deux personnes qui sont restées ensemble sans trop savoir pourquoi, par habitude, et faisant payer à l'autre leur manque de courage qui aurait consisté à dire:
"Gérard, tes mocassins à pompons, ton romantisme qui ne se manifeste que le premier samedi de chaque mois, tes copains lourds, et ta mentalité de commerciale usé, je vous emmerde tous, je me barre."
"Martine, ta permanente, c'est vraiment plus possible, tu te maquilles comme une truie, et le matin, au réveil, tu ressembles à un vieux paillasson dégueulasse. Je pars."
Bref, si je devais faire un vœux, ce serait de ne jamais ressembler à ces vieux couples usés, pas foutus de s'aimer, pas foutus de se détester correctement, pas foutus de parler, pas foutus de se taire.

Je ne veux pas ressembler à mes parents....
5 commentaires:
Ça va mon Popo ? Je n'arrive pas à trouver la référence cinématographique exacte à laquelle me renvoie ton billet : nettoyage à sec, un film de Chéreau se passant à Limoges, avec Marielle et Auteuil ? En tous cas, Scotch-Brit™ et Cillit Bang ont de la concurrence.
Amicalement.
Al.
Un billet qui fait froid dans le dos. Pourquoi ? Parce qu'il est criant de vérité...
oui, je vois des amis de mes parents quand tu présentes ainsi la situation - ou mes propres parents, avant que, Halleluia, ils ne se séparent...
je ne connais pas encore de couples comme ça, mais c'est certainement parce que je n'ai pas la quarantaine...
@ lapingivré: Nonméééého! Moi non plus je n'ai pas la quarantaine!! Goujat!! ;)
Est-ce qu'il y a quelqu'un qui désire ressembler à ses parents?
En tout cas, pas moi non plus...
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