dimanche 7 décembre 2008

Polyphème est une moule

Je suis décidément en décalage complet avec un monde auquel j'aurais rêvé d'appartenir...il faut que je m'y fasse, je suis une quiche.

J'avais entendu le plus grand bien du film "Short Bus" qui, semble t-il, avait soulevé un enthousiasme galopant. Je me suis presque emmerdé en le voyant. Pourtant, l'idée de fond était très bonne. Des individus paumés qui sont à la recherche de leur humanité et qui pense la trouver dans une liberté sexuelle (a mon avis) complètement frelatée.

Les comédiens sont très bons (même si je ne me touche pas devant Jay Brannan, je craque sur les bruns!!) mais il y a quelque chose de l'ordre de la facilité, dans ce film, qui me rebute un peu. Peut-être est-ce cette injonction implicite à trouver brillant le fait de filmer des partouzes aussi simplement et sans trop de crudité...(rien à voir avec les carottes...quoi que!).
Bref, ça manque de simplicité, tout ça.

Je me souviens m'être fait la même réflexion devant un film dont tout le monde m'avait parlé en terme élogieux : "Big fish". Pourtant, j'adore l'univers de Tim Burton, mais je ne suporte pas qu'on me dise ce que je dois ressentir et quand je dois le ressentir. Dans ce film aussi, il y avait une sorte de contrat non-dit qui disait "Tu dois être ému, c'est comme ça et pas autrement!".
Le renfort d'effets spéciaux n'a pas suffit à rattraper le manque de finesse du propos qui méritait d'être mieux traité.

Hier soir, re-belote. Hector et moi sommes allés voir un spectacle "l'Opéra bleu" de Louis Calaferte, écrit il y a fort longtemps, dont le contenu était tour à tour de la musique contemporaine insupportable à mes tympans, des textes de gauchos surannés et des projections d'images sans surprise. C'était brillant dans les années 70, mais aujourd'hui... ben ça a juste une trentaine d'années de retard. Encore une fois, le fond aurait pu être intéressant et méritait d'être mieux traité.
Pourtant, la petite bourgeoisie de province semble avoir apprécié le triste spectacle des chansonniers post-soixante huitards.

Je pense que le problème viens vraiment de moi. Peut-être que je réagis avec dédain pour mieux mettre les choses à distance et ne pas me laisser toucher. C'est possible...

Je suis pourtant capable de me laisser submerger par l'émotion lorsqu'elle est bien amenée et qu'elle ne m'est pas imposée.

Pour paraphraser P. DESPROGES, lorsqu'Ikare nous a dit au revoir, j'ai pleuré comme un môme, lorsqu'Atypik en a fait autant, j'ai repris deux fois des moules!!

C'est fou comme nous sommes tous touchés par des choses différentes et, surtout, par la manière dont elles sont dites.


Je pense que je suis un handicapé des autres, un amputé des bons sentiments, une gueule cassée de mon Verdun émotionnel, un éclopé de la mièvrerie, un grand corps malade en moins chiant quand même, un atrophié affectif, un accidenté de mon prochain, un infirme social, un estropié d'estale , un invalide du relationnel.

C'est pas simple de vivre dans la peau de Polyphème.

7 commentaires:

Anonyme a dit…

Chondre est aussi une moule.

Polyphème a dit…

Nous avons beaucoup de points communs...Le clan des grosses toutouilles?

matorif a dit…

J'ai trouvé shortbus intéressant pour son côté provoc, bien loin des films aseptisés américains. J'ai pleuré devant big fish parce que je l'ai vu quelques jours après la disparition de mon grand-père... Chacun interprète en fonction de ses expériences personnelles.
La critique essaie de rationnaliser en fonction de critères : réalisation, lumière, jeux d'acteurs, scénario. Mais le subjectif tient toujours une part importante.

Quant aux blogueurs, je préfère Florian à Ikare et Hervé à Atypik...

Polyphème a dit…

Je crois que suis passé à côté de ces films à trop vouloir me préserver. Pour les blogueurs, il est évident que je parle des personnages et non des individus que je ne connaît, ni l'un, ni l'autre.

Anonyme a dit…

ne pas être comme la masse, ce n'est pas être anormale, c'est être (soi)

lelapingivré a dit…

oui, moi aussi j'ai été très touché par ces deux films, mais à chaque fois pour des raisons très personnelles. C'est sans doute ça la force (et du coup la faiblesse) de la fiction : pouvoir nous confronter à des choses qui sont en nous - ou pas. Et je ne vois aucun scandale ni aucune absence caractérisée de sensibilité de ne pas pleurer devant Big Fish, même si je l'ai fait - et pas mon copain d'alors, qui ne savait pas comment réagir !

lelapingivré a dit…

oui, moi aussi j'ai été très touché par ces deux films, mais à chaque fois pour des raisons très personnelles. C'est sans doute ça la force (et du coup la faiblesse) de la fiction : pouvoir nous confronter à des choses qui sont en nous - ou pas. Et je ne vois aucun scandale ni aucune absence caractérisée de sensibilité de ne pas pleurer devant Big Fish, même si je l'ai fait - et pas mon copain d'alors, qui ne savait pas comment réagir !