mercredi 5 mars 2008

Dis Polyphème, pourquoi tu pleures?

Je lui raconte en détail comment les évènements ce sont enchaînés. Comment l'enfant aurait pu, lors d'un jeu, être gravement blessé sous mes yeux alors que j'étais impuissant et comment je me suis senti mal.
L'enfant, une fois debout a été observé par une infirmière, il n'avait rien.
J'ai été encore plus choqué de la désinvoltures des autres adultes qui étaient présent, qui non content d'avoir été négligents se sont payés le luxe de l'indifférence.

- Vous n'étiez donc pas coupable de se qui c'est passé.
- Je le sais.
- Pourtant vous culpabilisez.
- Je me suis chargé de la culpabilité des autres. Chez moi, c'est un art de vivre. Lorsque je suis rentré chez moi, je me suis dit: "Toi tu vas mal dormir!", et en fait non, j'ai très bien dormi.
- Vous vous faîtes revivre des choses.

Comme par automatisme, les larmes se mettent à couler, je savais qu'elle allait dire ça et je sais à quoi elle fait référence. Je porte mes mains à mon visage, comme un enfant qui ne veux pas voir une représentation insupportable. Elle sait. Je sais qu'elle sait. Elle sait que je sais qu'elle sait. C'est ça aussi, la confiance. Elle me laisse évacuer, me ressaisir. Le silence entrecoupé de mes sanglots me parut une éternité. Je reprends :

- Je croyais avoir dépassé tout cela, je n'arriverai pas à m'en libérer?
- Vous êtes en train, la preuve, vous avez bien dormi, c'est donc que vous avez dépassé au moins la culpabilité.
- Je me suis laissé surprendre, je suis sur mes gardes quand je suis dans la famille, mais là, dans l'environnement professionnel, je ne suis pas méfié. Pourtant tout les éléments y était : les enfants, la situation de jeu, l'événement, l'enfant qui souffre, l'indifférence des adultes.

J'ai certainement pleuré pendant 10 minutes non-stop. Je sais qu'au final, ces larmes font du bien, en attendant, je dérouille. J'ai posé les billets sur son bureau en commentant avec une pointe de cynisme :

- J'ai pas perdu ma journée!

. J'ai remis mon manteau et essuyé mes "yeux fontaines". Au moment de sortir je lui dis au revoir en lui serrant la main, spirituel jusqu'au bout, je lui lance :

-J'ai envie de vous dire : merci quand même!

Elle sourit, elle me connaît comme si elle m'avait tricoté. Elle sait que plus je me sens désemparé, plus je tente de m'en sortir par l'humour. L'humour m'a toujours protégé de tout : remarques blessantes de mon père. Et de ma mère, au mieux les cadeaux pourris au pire l'indifférence. Quand j'étais môme, ma devise aurait pu être : "Tu ris ou tu meurs!". Alors oui, l'humour est la seule chose qui ne m'ait jamais fait défaut. Et ce joli petit monde donneur de leçon ignorant tout de ce qui ce passait dans mon univers, à l'époque.
Une fois hors de son bureau (il y a 1h30), j'ai marché jusque chez moi en essayant tant bien que mal de me contenir. Mais une fois rentré, la porte à peine fermée...

5 commentaires:

Anonyme a dit…

La vie fait grandir, et pas toujours dans la douceur...

Polyphème a dit…

J'ai mal la tête, j'ai mal le cœur, j'ai mal la morale.

Anonyme a dit…

Ben alors chouchou...

Anonyme a dit…

Tu sais que, en quelque sorte, tu avances à grand pas en t'ouvrant sur ton blog. Au début, lorsque nous avons commencé à discuter, tu m'avais dis que personne ne le lisait, que c'était ton "journal intime". Aujourd'hui, et à la vue des commentaires, tu as un lectorat de gens qui t'apprécie. Le fait de parler devant eux de ce que tu vis, "d'oser dire que tu pleures" (pour beaucoup un homme ne pleure pas ... bande de co.s !), c'est beaucoup !
Continue sur ce chemin mon tit Polyphème !
Je sais bien que cela risque d'être long et qu'on en guérit jamais vraiment mais, au moins, tu ne fuis pas de l'adversité.

Plein de gros bisous qui t'épaulent.

Polyphème a dit…

@chondre : ben oui, chouchou, mon cher chonchon, est dans les choux!

@Dam : C'est vrai, je me souviens qu'il me paraissait inconcevable que les gens puissent s'intéresser à ce que j'avais à dire...Le temps passe.