Après avoir essayé successivement, en vain, la corde, le gaz et l'immolation par le feu, je me résolu à prendre une serpillère et à siffler gaiement en épongeant.
Non, je ne vous parlerai donc pas de mes misère aquatiques, je laisse ce soin à chondre qui, du reste, le fait très bien.
Le thème de ma communication est donc :
La sociologie des promeneurs de chiens
C'est un fait, nous considérons en psychologie sociale qu'il existe deux grands groupes sur lesquels se répartie la population mondiale : Le premier est celui dont on fait partie, le second est l'ensemble de tous les groupes auxquels nous n'appartenons pas. Fameuse dichotomie nous/eux qui est aussi le pilier de tout ethnocentrisme avec ce que cela sous-tend dans le pire et, plus rarement, le meilleur.
Ce groupe, nous y naissons, nous y grandissons et c'est par ces individus que notre dépouille est accompagnée dans sa dernière demeure lorsque nous clamsons. La famille est l'archétype du groupe puisqu'elle réunit tous les critères caractérisant l'idée que l'on se fait du groupe. Les individus sont interdépendants dans leur devenir et ils interagissent avec leurs codes propres.
Lorsque je marche dans la rue, je me régale à l'observation des bandes d'adolescents que je croise car ils sont le parfait exemple de la groupalité. On voit dans cette faune, d'un coté les petits lascars avec casquette, baggy, et pendentifs de 4 mètres sur 4 en diamant, de l'autre côté, les fils de bourges avec la mèche dont le désordre est savamment étudié, de même que le pli de leur petit veste en cote de velours. Et enfin, à mon sens les plus chouquards : Les gothics.
L'adulte raisonnable ne manque jamais de pouffer en croisant l'un de ces illuminés, piercés tous les deux centimètres, avec une coupe de cheveux qui nous ferait presque regretter de ne plus voir aussi souvent Bernadette Chirac à la télé chez Drucker. Le fin du fin étant le maquillage, vecteur d'une identité forte, qui semble nous dire "je n'ai pas de miroir chez moi".Bref, les ados se griment et les adultes les briment. Pourtant, sans le savoir, les chères têtes blanches ne sont pas pour autant en reste.
Depuis l'arrivée d'Elliot à la maison, je me rends compte que je fais désormais "groupe commun" avec les mèmères à caniches et avec les vieilles filles seules et malheureuses.
Ainsi imaginez qu'à l'heure de la balade du petit canidé péteur, on retrouve systématiquement les mêmes chiens accompagnés de leurs maîtres. Le détail intéressant est que chacun n'existe qu'à travers son chien. On ne s'étonne donc pas d'entendre à notre approche :"HOOOOOO! Sydney (chatoyante femelle labrador), regarde qui voilà...c'est ton copain Elliot!!"
Donc nous ne sommes connus que par et pour nos chiens. Nous sommes le groupe, non pas des possesseurs de chiens, mais des "promeneurs" puisque c'est là notre fonction. Ce groupe aussi répond aux critères de cohésion puisque les membres savent se montrer solidaires en cas d'agression extérieure. Nous en avons régulièrement la preuve par les prises de becs qui surviennent lorsqu'un cycliste manque de faire un salto alors que son vélo se prend dans la laisse extensible d'une mamie occupée à jacasser sur un banc et que le roquet est de l'autre côté du chemin.
On assiste donc au resserrement des liens "intragroupe". Les mamies; les grosses filles seules, les "pédégouines", comme dirait Matoo, tout ce joli petit monde rugit comme un seul homme à la face du kamikaze qui est instantanément accusé de rouler trop vite et au milieu du chemin qui N'EST PAS une piste cyclable.
D'après mes observations rigoureuses (je ne vous permets pas d'en douter) il y a deux issues possible au conflit.
1) Le cycliste baisse soudain le ton et tourne les talons en même temps que les pédales, honteux, la mine basse et cramoisie devant le piaillement de la drôle de population. Pour son malheur, le cycliste est souvent seul et ne peut rivaliser avec la masse beuglante.
2) Le cycliste est fort en gueule et/ou inconscient du danger. Il se met à couiner aussi fort que le parti adverse, menaçant d'appeler Mme Alliot-Marie, ministre des chiens qui niaquent et des
manèges qui tombent. Il s'expose alors à des représailles de différentes natures : coups de cannes, jets de couches confiances, voire même, se faire lâcher Beber aux trousses. (diminutif de Berlioz, femelle bulldog très joueuse et qui coure très, très vite!!)Dans un cas comme dans l'autre, on voit à quel point la survie du groupe est en équilibre précaire et est une lutte de chaque instant.
Je vous remercie de votre attention.
6 commentaires:
meuh non, ne nous remercie pas de notre attention, toujours heureuse d'avoir de tes nouvelles, surtout avec un billet drôle.
De la flotte sans merdasse. Petit joueur.
@ saperli: l'ennui est sournois, j'ai toujours peur de perdre un lecteur en route...
@chonchon: Je commence "light", il me reste encore beaucoup à apprendre. Enseigne moi! enseigne moi!
Ca donne presque envie d'avoir un chien ton étude, juste pour expérimenter :)
Amusant ce billet :D Pourtant je n'ai jamais été fan de la notion de "cases" même si nous passons notre temps à rationnaliser et essayer de classifier les gens. J'aime l'idée de changer de case en fonction des gens avec qui je suis, tout en étant conscient que cet aspect volatile peut-être une case en soi...
@ Niko: l'arrivée d'un chien dans une maison oblige les habitants à revoir leur organisation du quotidien. Première expérience douloureuse : ne plus JAMAIS laisser trainer ses chaussures. RIP.
@ Matorif: La catégorisation est un réflexe naturel qui nous permet de donner un sens à tout ce qui nous arrive... En bien comme en mal.
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