mercredi 13 février 2008

La normalité très relative



Gauthier (le bloggeur sulfureux) écrivait, il y a peu, un billet dont le propos touchait à la question de savoir ce que l'on peut montrer où non dans les médias en terme d'images relative à l'homosexualité.
Je me pose donc deux petites minutes en "mode intime", histoire de dire deux ou trois petites choses. Comme il le souligne avec le langage qu'on lui connaît (pucelles de Neuilly, s'abstenir) la "communauté gay" (appellation qui fait froid dans le dos, comme disait Mme Courjault, en cherchant un cône vanille/fraise dans son congélateur) est une cible privilégiée des annonceurs et publicitaires de tous poils. Et là, je me permets de rigoler...

Si je dis haut et fort que la nudité me dérange et qu'elle est compliqué à recevoir pour un enfant qui n'y est pas préparé, cela implique d'arrêter de montrer le cul d'une comédienne pour faire vendre un yaourt ou un gel douche. Je trouve délirant, par exemple, qu'on ait laissé Collaro exhiber ses playmates le dimanche à heures de grandes écoute. Car si ces images paraissent bien peu de choses à l'adulte, il en va tout autrement pour l'enfant qui se trouve confronté a une chose qu'il n'est pas en capacité d'élaborer.

Hors, certains parents s'inquiètent, maintenant de voir fleurir sur les panneaux publicitaires des images suggérant l'homosexualité ?
Comment expliquer à leurs chères petites têtes blondes le fait que deux messieurs soient dans les bras l'un de l'autre! Beurk, beurk, beurk! Disent les braves gens. C'est dégoûtant, c'est pas hygiénique, c'est caca, les p'tits choux vont être traumatisés ! Ils vont devenir délinquants et viendront nous voler nos serre-têtes hurle, Marie Augusta De La Coquillette ! (Cherchez pas, c'est la sœur d'Anne Sophie!)

Laissons les pintades faire leurs manifs pour sauver la bienséance, qui consiste à vilipender en place publique les hérétiques et s'émouvoir sur la misère du monde entre deux parties de bridge et une tasse de thé. Même si on à pu assister à des marches anti-pacs, par le passé, dont l'absurdité et la malhonnêteté des propos étaient à la limite du burlesque, on ne peut s'empêcher de se demander comment ces gens "très, très bien" éduquent leurs enfants.
En effet, si l'ultra-conservateur des villes se pare du masque de la vertu dont il ne se débarrasse qu'à l'occasion d'une levrette ancillaire, l'utra-conservateur des champs, lui, n'a même pas la délicatesse de se parer de quelque masque que ce soit si ce n'est celui de la consanguinité !

Ayant vécu dans un village de 400 âmes en comptant les poules et les cochons, je peux vous dire que les soirées électorales étaient des friandises pour les oreilles pour qui sait faire preuve d'attention et de second degré. Mes parents eux-même étaient incroyablement productifs en stupidités politico-économico-visionnaires. Mon père surtout, ma mère étant trop occupée à acquiescer bêtement et à chasser les martiens. Mon pére, à toujours été farouchement opposé à toute nouveauté. En bon chef de famille rurale, il menait sa petite vie, gentiment, sans trop se soucier de ce qui ce passait chez les étrangers. Par étrangers, il faut comprendre, toute personne n'étant pas née sur le sol du village (oui, je sais, c'est effrayant !). Bref, ce bon Lepeniste, le soir venu, devant le JT de Pernault, ne cessait de maudire à la louche : les étrangers qui volent le boulot, les pourris du gouvernement qui nous dépouillent et, fin du fin, les PD qui dansent sur les chars, au milieu de Paris.

Seulement, les choses étant ce qu'elles sont, et dame destinée ayant beaucoup d'humour, ce brave-homme-si-sûr-de-tout, était sur le point de recevoir une leçon d'humilité. Ayant voulu donner à ses enfants une éducation à l'ancienne, se plaisait-il à dire, une éducation remplie, comme aurait dit Desproges, de fêtes communales, de foires régionales et de front national, il semble leur avoir, bien malgré lui, inculqués une envie folle de modernité, de liberté et d'émancipation... Bref, il a obtenu exactement l'inverse de ce qu'il cherchait !
Pourquoi je vous raconte tout ça ? Et quel rapport avec le sujet qui nous occupe ?
Eh bien prenez les quatre enfants issus de cette gentille famille, laissez agir l'éducation basée sur la méfiance de l'autre parallèlement à une rébellion profondément ancrée en chacun d'eux et vous obtenez:

4 adultes = deux garçons gauchos + deux filles, dont trois homosexuels et une hétéro qui a décidé de ne pas avoir d'enfant.

Bref, quatre bonnes raisons, pour les parents, de se remettre en question et, accessoirement, de faire une bonne dépression.

Certains diront que nous devrions aller sur le plateau de Delarue...
Tout compte fait, amis réac', éduquez vos enfants comme vous le souhaitez, dites vous simplement que rien n'est jamais gagné. Le cinéaste Lars Von Trier, expliquait que lorsqu'il filmait une scène d'horreur, son but était de pousser le spectateur à fermer les yeux. Car selon lui, la vraie horreur, la pire, se cache derrière les paupières closes. De même, les choses que vous vous évertuez à cacher à vos gamins, parce que vous les jugez immorales ou choquantes, risquent fort de cristalliser leurs angoisses et leurs fantasmes.

Ce genre de particularité nous force à porter un œil nouveau sur la notion de norme. Dans MA famille l'homosexualité est la norme. L'une de mes sœurs est hétéro, et alors, ça vous dérange? C'est pas un choix de sa part, elle n'y peut rien, et nous l'aimons malgré tout ! Bien sûr, elle a eu beaucoup de mal à nous le dire, la pauvre avait peur d'être rejetée. Elle vit depuis plus de 12 ans avec le même homme et pour autant que je sache ils forment un couple comme un autre (ou presque). Alors foutez leur la paix !

Alors pour les ramollis du bulbe, continuez à faire semblant de ne rien voir si vous le voulez, mais je n'ai jamais vu nulle part que casser le thermomètre fait descendre la fièvre ! Tôt ou tard il faudra bien vous interroger sur la place que vous êtes prêt à laisser aux autres qui ne demandent que le droit d'exister, dans la mesure ou, elle sera prise avec ou sans votre consentement.


Ça fait du bien d'en parler...

5 commentaires:

matorif a dit…

3 sur 4 ! bonne moyenne ! et je suis d'accord avec toi, laissez les hétéros en paix ;-)
Plus sérieusement j'ai déjà commenté le post de Gauthier : les enfants reproduisent la gêne des parents. Si on leur explique que deux garçons qui s'embrasse peuvent avoir les mêmes sentiments qu'un garçon et une fille, ils ne se formaliseront pas... En revanche ils ressentent pleinement le mépris et le dégoût de leurs aînés, même non-dit.

Polyphème a dit…

Je suis OK, après, à la charge de la "communauté gay" de donner une image peut-être moins sexualisée, pourquoi pas? Je crois que tout le monde y gagnerait! A méditer.

Anonyme a dit…

joli épitre plein se sens...

mais qu'est ce que la norme?

peut être juste le droit d'être heureux avec qui on veut...

Unknown a dit…

J'adore ta famille ^^

Non mais vraiment...

Anonyme a dit…

Aaah, moi aussi, je vis dans un tout petit village de campagne, avec pleins de vaches et pleins de petits vieux... Mais il y a deux ans, un couple homo est venu vivre dans ce ptit village... Et donc, à partir de là, il y a eu tout un remue-ménage... Mais c'était bien drôle de voir les ptits vieux avaler leurs bérets et leurs cannes !! Moi, j'ai aimé, il en faut peu pour me faire rire, je sais !!
Gros bisous