Janvier 1997, le neuvième jour, je devenais majeur.J'avais toujours entendu les adultes me dire que la dix huitième année était celle de l'émancipation, le permis de conduire, la fête et les copains... Mouais et mon cul, c'est du poulet !
Il n'y a pas grand chose de plus agaçant quand on est ado, malheureux comme une pierre, que les vieux (+40 ans, c'est vieux pour les mômes!) nous disent:"De quoi tu te plains, tu as le bel âge!".
Combien de fois, bon dieu, faudra t-il dire, que chaque âge a ses misères.
Moi, à dix-huit ans, j'avais pas d'amis, j'étais déjà éveillé à la sexualité depuis un moment, mais rien par rapport à l'amour...
Bref, encore sérieusement inhibé, mal très mal, dans ma peau et dans ma tête, mais espérant tout de même du mieux à venir. Englué dans une histoire avec un type qui ne savait pas que
j'existais, vous l'aurez compris, le Polyphème de l'époque avait plus de points communs avec l'Annie Girardot qui reçoit un César, qu'avec Lorie qui braillant son amour des Super Week-ennnnd! (Pour punition, elle couche avec Garou, et vu la vivacité d'esprit de l'individu, au moins maintenant, elle a une bonne raison de couiner!)Donc, ce jour d'anniversaire, j'étais particulièrement pensif. Les années précédentes, ma mère (eh oui, encore elle ! Croyez-moi, vous n'avez pas fini d'en entendre parler!) avait fait preuve d'un mauvais goût absolu, voir même, d'un j'm'en-foutisme assez déroutant, dans le choix des cadeaux, et ce, quelque soit la fête. Ceci dit, avec celui qu'elle me fit ce jour là, elle atteignit le summum du ridicule...(Je vous préviens que le premier qui se marre, je l'invite à dîner chez ma mère, ça le calmera vite fait. J'insiste également sur le faits que ces évènements sont véridiques.)
Ce matin là, je descendais de ma chambre à l'étage avec une certaine appréhension, commençant à imaginer toutes sorte de scénarios.
Allait-elle m'offrir un vêtement moche? Ce serait encore le mieux qui puisse arriver... Je le colle dans un coin et basta ! Ou bien un truc nul, du genre un livre de la bibliothèque verte!...Non, elle n'achète jamais de livres. Soudain me revenant en mémoire, le cadeau nullissime de mes 16 ans : Une boîte de LEGO. Sans commentaire... 16 ans, l'âge où on devient un presqu'homme, on s'affirme en tant qu'individu, en tant qu'adulte en devenir... Et on se prend une boîte de LEGO dans la tronche. De l'humilité à l'humiliation, il n'y a qu'un pas. Je pensais l'avoir franchi depuis longtemps. Je m'étais trompé.Donc, le matin de mes dix huit ans j'arrive dans la cuisine pour prendre mon petit déjeuné, en sachant, que "ça" m'attendait ici, tapi dans dans un coin. J'avançais lentement, la sueur perlant sur mon front me donnait l'allure du mec qui monte à l'
échafaud. Dans la pièce, ma mère est là, m'embrasse en me souhaitant un joyeux anniversaire et me dit avec un air de cachoterie: "J'ai quelque chose pour toi!". C'est étrange, quand j'y repense, c'est à ce moment là que mes souvenirs s'embrouillent, comme si, par la magie du refoulement Freudien, le souvenir traumatique n'était plus autorisé à faire parler de lui.Ma mère revient et se plante devant moi, avec un air pleinement satisfaite en ménageant son
petit effet. Sa main qu'elle tenait dans son dos ne tarde pas à se ramener face à mon visage me dévoilant mon somptueux cadeaux d'anniversaire....Un rond de serviette.Je vous avoue qu'il m'a fallu quelques minutes pour encaisser le coup, alors que madame télé-achat, heureuse de me voir ébahi d'émotion, pense t-elle, se remet à son ouvrage de couture.
Je me souviens vaguement m'être appuyé sur le bord de la table, sentant le malaise vagal poindre le bout de son nez.
Le rond de serviette bleu, en bois, même pas gravé, trônait fièrement dans la paume de ma main tremblante. J'ai dû bafouiller, d'une voix chevrotante, un mot de remerciement avant de me traîner dans la pièce voisine où, sous le coups de la joie intense, j'ai dû m'évanouir, sur le canapé, serrant dans ma main le présent qui consacrait ma dix-huitième année de vie.Happy birthday Polyphème ! J'en ris encore...
9 commentaires:
je crois que je ne me plaindrais jamais de ma mère comparer a toi!
après tout c'est le geste qui compte, mais j'imagine que tu as du 'avoir en travers de la gorge tout de même un moment..
Le rond de serviette n'en était que plus inutile si on considère qu'il m'a coupé l'appétit...
ça me rappelle les larmes d'une amie de classe, qui, pour Noël, alors qu'elle espérait comme nous toutes une barbie, avait eu... des gants de toilette pour son futur trousseau.
Un livre de la bibliothèque verte ... j'ai eu ... Je me souviens de ce moment, quand on regarde le cadeau en essayant d'avoir un sourire et en se disant "Ne les vexons pas" ... Moi, je ne me suis pas évanoui ce jour là. J'ai tenu le coup pendant tout le repas (gâteau d'anniversaire y compris) et, une fois enfermé dans ma chambre, j'ai lâché mes larmes ... 15 ans ... j'avais 15 ans ...
Mais j'avoue qu'un rond de serviette ...
Mwahaha ! Un rond de seviette ?! Moi, pour mes 18 ans (et par contre, ça ne date pas de longtemps^^), j'ai bien eu un livre... Mais c'était très loin de la bibliothèque verte en même temps, à des années lumières !! Et puis, je l'ai choisi, je l'ai commandé mais maman a payé... Et oui, il faut la technique !!
Gros bisous
C'est dingue. Ton billet me fait penser que je ne me souviens plus de mes 18 balais.
Merde, je suis certainement trop vieux pour m'en rappeler.
Merci beaucoup.
je te déteste.
@Saperli: moi aussi, je voulais une Barbie! ;)
@Damien: Ben oui, c'est la devise de ma mère: "toujours plus loin, toujours plus fort!"
@Lunapix: Elle aurait au moins pu me laisser le choix de la couleur!
@Chondre: Si c'est pour être aussi désagréable, tu peux rester en chine !! ;)
Je sais que commenter ce billet aussi tardivement est à la limite du ridicule, mais je tenais à dire qu'à un anniversaire (15-16 ans, surement), je me suis vu offrir une corbeille à papier. Certes elle était "design", relativement grande, fine, en alu percé de petits trous... Mais cela reste malgré tout une corbeille à papier... Pour un anniversaire... J'ai quand même osé me plaindre 2 semaines plus tard parce que bon !
Antoine : N'empêche, ça fait du bien d'en parler !!
Enregistrer un commentaire