Le blog est un truc définitivement génial. Je me contentais d'être lecteur, auparavant. Qui plus est, un lecteur discret, qui lâchait rarement des commentaires, persuadé que j'avais moins de choses à raconter que les autres ! Peut-être est-ce vrai, mais ça ne me dérange plus.
J'ai commencé à lire certains blogs à une période où ça allait plutôt mal. Je me précipitais quotidiennement sur le blog d'Ikare qui me fascinait.
Comment ce faisait -il que ce garçon puisse avoir une vie aussi trépidante, riche en rencontre, en activité, et que la mienne soit aussi insipide...Cafard. Petit à petit, je m'y rendais plus fréquemment, plus longtemps, bref, ça a un peu dérapé façon psychose. Je ne pouvais plus vivre sans ma dose quotidienne d'Ikare, qui était la seule chose qui me permettait de garder la tête hors de l'eau. Et paradoxalement, plus je le lisais, plus ma vie me semblait nulle. Amis blogueurs, vous ne soupçonnez pas l'impact que vous pouvez avoir sur la vie des majorités silencieuses.
Vous nous faites régresser à l'époque du collège, du lycée, où il y a les gens populaires, que tout le monde cherche à fréquenter, et les autres, les loosers, les chétifs, binoclards, mal habillés, mal aimés, que tout le monde évite. La situation emblématique, maintes fois rabâchée, de l'introverti, du perpétuel effacé, est ce moment terrible, dans les cours de sport, où les deux types les plus populaires de la classe étaient chargés de faire leurs équipes, appelant un à un, les élèves sur qui se portaient leurs choix. Alors on attendait, attendait, attendait. D'abord les fidèles, moyennement populaires, qui vivaient dans l'ombre de leurs idoles et que les chefs se disputaient pour leurs qualités sportives. Puis les autres, puis moi, humilié, qui étais subi plus que choisi.
Ikare, Gauthier, sont de ces "personnalités virtuelles",(dans la mesure où je ne les connaît pas, et surtout dans la mesure où ils ne se reconnaissent certainement pas dans l'image que je décris, cette image que j'ai eu d'eux!), pour qui tout semble simple, ils semblent à l'aise dans toutes circonstances, ils ont pleins d'amis, bref, ils gonflent les types comme moi... Encore une fois, je ne suis pas dupe, les choses sont loin d'être aussi évidentes, il n'empêche que leurs blogs respectifs reflètent ce qui me faisait cruellement défaut, il y a quelques temps... Il étaient vivants.
Vous aurez certainement remarqué, pour l'avoir peut-être vécu vous-même, que plus notre existence nous paraît merdique, plus on investit/vampirise celles des autres.
Donc, dans ma soif de vie, dans ma boulimie d'existence, dans ma fuite éperdue de ma réalité comateuse, je passais mon temps libre à zapper d'un blog à l'autre, de manière quasi compulsive, dans l'angoisse de perdre une miette de leur intimité, dix fois plus palpitante, que mes 28 années passées à encombrer le sol de mon entourage. Ça peut paraître horrible de dire les choses comme ça, mais pourquoi le nier ? Je l'ai réellement pensé !
J'allais cahin, caha, pour finir KO.
Depuis son "Changement d'habitude" du 27 septembre 2007 qu'il avait posté à 23h50, je me suis autorisé un commentaire assez neutre, histoire de lui dire que j'avais bien accroché à ce qu'il faisait:
Depuis un moment, cependant, Ikare se faisait plus distant. Son rythme de publication se faisait plus lent. Ces billets étaient moins inspirés, un peu comme les déclarations d'amour dans un couple finissant, où l'on sent, malgré les efforts pour le dissimuler, que le "truc" n'y est plus, qu'on ne compte plus comme avant pour l'autre... Ce billet racontait, finalement, un truc assez banal, l'arrivée de son Iphone qu'il attendait depuis si longtemps, mais tellement bien écrit, façon Ikare, quoi. Et puis plus rien, pendant plusieurs jours, si ce n'est les messages qui s'amoncelaient, auxquels il répondait de quelques mots laconiques. Au bout d'un moment, n'y tenant plus, au bord de l'explosion, je lui lançai un appel au secours pathétique sous forme d'un commentaire qui se voulait drôle, mais qui transpirait le malaise. Jugez plutôt :
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Polyphème 15 oct / 12:45
Cher Ikare, où es tu? Nous sommes inquiets.
As-tu été aspiré par ton Iphone?
PA-THÉ-TI-QUE!!!
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Polyphème 16 oct / 10:07
Balances vite ton Iphone, j’ai vu ce matin à la télé que s’est bourré de produits toxiques!!

Cher monsieur Ikare,
J’ai découvert ton blog il y a quelques temps.
Je vis dans un monde à des années lumières du tiens mais j’aime lire tes billets.
Quelle fraîcheur !!
bien amicalement