lundi 11 février 2008

Les petits hommes verts, ma mère et moi...

Depuis ma plus tendre enfance, je suis un rêveur. Ceux qui n'y connaissent rien, les adultes, les trop matures, les trop raisonnables, diront que je suis simplement étourdi, un peu tête en l'air.
Non ! Moi je vous parle de ce moi intérieur capable de voyager à travers les époques et les réalités parallèles. Je ne me contentais pas d'imaginer les choses, je les vivais.

Mes parents se sont beaucoup amusés de ce grain de folie, lorsque j'étais môme, qui me poussait à affirmer que tata Claudette était un extraterrestre venu sur terre pour nous manger. Aujourd'hui, devenu adulte, mes proches me regardent toujours un peu effarés lorsque je parle de mes envies profondes. Vous savez, le regard de "lapin dans les phares", qui atteste d'une certaine panique. Je sens bien qu'ils se disent :"Mais où va t-il s'arrêter ?".
A ma décharge, le contexte familial n'a pas beaucoup aidé l'enfant perturbé que j'étais, à raccrocher les wagons.

Il me souvient les repas dominicaux, où, ma mère, tout sourire (un peu carnassier), déposait sur la table un plat de salsifis en nous assénant son humour sulfurique et sulfureux :
"Voilà des
zizis de martiens !"...
Horreur ! Combien de malheureux petits hommes vert avaient dû souffrir pour que ma famille ogresse puisse se marrer au dessus d'un plat Arcopal, au son de l'école des fan, que la télé diffusait cet été 1985... J'avais six ans.

Les parents sont souvent loin de s'imaginer l'impact que leurs paroles peut avoir sur les enfants, surtout quand ces derniers sont en pleine résolution d'œdipe. Mon cœur naïf d'enfant s'est serré à l'idée que ma mère poulpe, qui de toutes ses tentacules m'étouffait, m'entravait, me vampirisait, ait pu chopper sa sœur extraterrestre, Claudette, et lui couper le zizi ! Ce jour là, ma tante détestée est devenue martyre. Un vraie Mater Dolorosa, une sainte qui avait dépassée ses souffrances. Du haut de mes quelques années, j'étais admiratif de cette tata au grand cœur qui visiblement, n'a jamais été fâchée après sa frangine qui ,pourtant, lui avait volé son organe de puissance.

Je ris en écrivant ses lignes, car à l'instant même, je viens de comprendre un truc énorme. Mon grand fantasme d'enfant, mon rêve le plus cher, était de pouvoir, un jour, avoir mon propre vaisseau spatial, dans lequel j'aurais pu embarquer pour partir loin. Outre l'envie d'isolement, puis-je y voir à la fois :
- L'envie de fuir loin de ma mère, avant qu'elle ne me coupe le mien et ne me le serve en papillote. (Vous n'en n'auriez pas fait autant ??)

- L'envie de devenir, moi-même un extraterrestre, comme ma tata Claudette (très, très sainte femme !) pour bien marquer mon opposition à ma famille d'ogres dévoreurs de zgegs de l'espace.

- L'envie de posséder un engin, tel l'Atlantis d'Albator, dont la forme pour le moins évocatrice se passe de commentaire. J'attire l'attention du lecteur sur le fait que beaucoup d'enfants devenus hommes, pères de famille, fringant quadra, cadre supérieur, ont encore recours à ce stratagème de réassurance en s'achetant des bagnoles énormes qui font, en réalité, office de prothèses phalliques. Donc, ma théorie est loin d'être si ridicule que ça ! (et toc !).

Vous voilà donc face à mon monde intérieur. Vous comprendrez, à la vue d'une telle histoire, que maman Polyphème a toujours régné de manière incontestée sur son petit univers. Mon père, lui-même, la craignait... Il avait pourtant passé l'âge de croire que tata Claudette était membrée comme un baudet cosmique !

Alors aujourd'hui, j'ai une pensée émue pour tout les gens qui sondent la galaxie, avec leurs appareils hyper sophistiqués, ainsi qu'à ceux qui, de près ou de loin, ont fait et font encore avancer, chaque jour, la conquête de l'espace. Vous Youri Gagarine, Neil Armstrong et autres Jean-Loup Chrétien. Vous Hubert Reeves, vous ingénieurs de la NASA qui caressez le rêve, un jour peut-être, d'entrer en contact avec une intelligence venue d'ailleurs. Vous aussi, David Martinon, qui faites l'expérience d'une telle solitude, qu'elle ne peut qu'être intersidérale... (du reste, quelque chose me dit qu'il va se faire tellement rare, que tous les télescopes du monde ne seront pas superflus pour le localiser! Le verra t-on passer devant la lune Neuilléenne en vélo?)



Et bien, à vous tous, je veux dire, soyez rassurés. Quand bien même, par malheur, vous deviez attirer vers notre planète finissante, une race hostile, les "Claudettes de l'espace", nous aurions en notre possession de quoi repousser n'importe qu'elle invasion. Cette arme de destruction massive porte un nom bien singulier :

Un dîner chez ma mère.

3 commentaires:

matorif a dit…

Tu es fou ! ne change rien, j'adore !

Anonyme a dit…

A défaut de pouvoir me plonger dans tes mails qui poussent le soleil à entrer dans ma vie, je viens me réconforter et prendre ma "part de Polyphème" quotidienne.
Le moral n'étant pas au beau fixe pour le moment, tes posts me permettent de voir un peu le jour.
Merci bien mon tit Polyphème.
Biz

Polyphème a dit…

@Matorif: Tout va bien, je me soigne.
Pour info, le coup du salsifi est entièrement vrai !